ΔΗΜΗΤΡΗΣ ΚΟΥΡΚΟΥΛΑΣ



Discours en Français

Dimitri Kourkoulas : «Si la Grèce est fautive sur la gestion des migrants, l’UE l’est aussi»

ΗΜ/ΝΙΑ:

Dimitri Kourkoulas : «Si la Grèce est fautive sur la gestion des migrants, l’UE l’est aussi»

Interview avec Gilles Sengès du journal L’OPINION .

Ancien haut fonctionnaire européen, Dimitri Kourkoulas était ministre délégué aux Affaires européennes dans le précédent gouvernement grec d’Antonis Samaras.

Comment jugez-vous l’attitude de l’Union européenne vis-à-vis de votre pays sur la question migratoire ?

La Grèce paye aujourd’hui le prix de sa marginalisation au sein de l’Union européenne. Elle paye aussi le prix de l’incapacité de l’UE à faire face au défi que représentent la question migratoire et l’absence d’une politique européenne réaliste et cohérente. Le gouvernement grec avait adopté en 2015 une attitude irresponsable en laissant les « frontières ouvertes » pour l’entrée et la sortie du pays non seulement des réfugiés mais également d’immigrés de toute provenance. Il était inévitable que cela mène vers une impasse dramatique, telle que celle que nous vivons actuellement. Les erreurs commises par Athènes sont certainement très graves mais l’UE porte aussi une grande part de responsabilité. Elle a trop longtemps fermé les yeux sur le problème des réfugiés et mis du temps à réagir. Bruxelles et les Etats membres ne se sont pas montrés capables de contribuer, d’une façon efficace, à une solution politique pour le conflit syrien qui a totalement ravagé le pays pendant cinq ans et qui est à l’origine du problème des réfugiés.

Est-ce un sujet qui fait consensus dans votre pays ?

Il y a un consensus politique sur certains principes importants, dont celui du respect du droit international et de la nécessité d’une réponse européenne, car le problème n’est pas uniquement grec. Mais le gouvernement, dépassé par les événements, n’a jamais présenté un plan d’action crédible. Cela tient aux obsessions idéologiques de la coalition au pouvoir qui n’a rien à voir avec les tendances socialistes ou socio-démocrates au sens européen du terme mais relève plutôt d’un amalgame entre populisme d’extrême gauche et d’extrême droite. La population est d’autant plus sensibilisée au traitement humanitaire des réfugiés que dans l’histoire récente du pays, des centaines de milliers de Grecs ont subi le drame de l’exode, notamment au début du XXe siècle. Ils ont dû traverser la même mer Egée qu’empruntent aujourd’hui les Syriens pour atteindre nos îles. A l’époque, des milliers de mes compatriotes ont trouvé refuge en Syrie, notamment à Alep où ils ont été très bien accueillis par la population. Aujourd’hui, après la fermeture de la route des Balkans, à l’ouest, des dizaines de milliers de réfugiés et d’immigrés sont bloqués en Grèce. A cela viennent s’ajouter d’autres qui arrivent aussi par milliers de Turquie chaque jour. Cette situation inquiète la population qui voit que l’Europe n’est pas en mesure de trouver une solution et que le gouvernement grec est incapable de gérer la situation.

Quel rôle doit jouer la Turquie ?

Une coopération étroite avec la Turquie est absolument nécessaire pour arriver à une solution viable. Or, jusqu’à maintenant, ce pays n’a pas montré un grand zèle pour respecter ses engagements, notamment en ce qui concerne la réadmission de ceux qui arrivent en Grèce du territoire turc. J’ai confiance dans la capacité d’Ankara à mieux contrôler ses côtes en mer Egée, encore faut-il qu’il en ait la volonté politique. Par contre, je suis opposé à tout marchandage lié à l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne. J’ai toujours été favorable à l’idée d’offrir à ce pays une perspective européenne dès lors qu’il remplit les conditions nécessaires comme tout autre candidat. Le processus d’élargissement de l’UE ne doit pas être détourné en fonction d’une question éphémère comme celle des réfugiés.